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MFDC: Qui est Nkrumah Sané ?

Il fait la « une » de l’actualité nationale. Il, c’est Mamadou Nkrumah Abou Sané, Secrétaire Général du MFDC en remplacement de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor. Depuis plus de 20 ans, cet originaire du village de Diégoune vit en France avec son épouse et ses enfants.

Mamadou Sané alias Nkrumah est né à Diégoune un jour de 1939. Sa terre natale se situe dans le département de Bignona, arrondissement de Tendouk, pour être plus précis. Nkrumah Sané est du Blouf comme d’ailleurs d’autres grands ténors du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (Mfdc), tels que Mamadou Diémé du village de Diégoune, Moustapha Kamara de Tionkésil, Sanoune de Mandégan, Sidy Badji de Diatok (décédé), Salif Sadio de Karthiak et Kamoungué Diatta, ancien prisonnier de l’Etat Gambien. Après la mort de l’Abbé Diamacoune, Mamadou Nkrumah Sané l’a succédé au Secrétariat Général du MFDC. Depuis la France, il mène son combat pour l’indépendance de la Casamance. Il revendique tous les attaques des éléments armés du Mouvement.

Pourquoi a t’-il quitté le Sénégal pour se refugier en France ? Parce qu’il a été exclu du Sénégal. Les faits remonteraient aux années 80 et 90. Le 18 décembre 1983, c’est à la suite du verdict de la Cour de Sûreté de l’Etat, que des peines d’emprisonnement concernant les indépendantistes avaient été édictées. Après une seconde manifestation organisée par des membres du Mfdc à Ziguinchor, un événement qui a été marqué par la répression des Forces de l’Ordre, avec un bilan de 25 morts, dont 6 gendarmes et policiers, et 80 blessés. Dans la foulée prés de 300 personnes avaient été arrêtées. Au terme de leur procès, 181 auront la liberté provisoire. Plus tard, selon nos sources, sept personnes (07) devaient mourir en prison, tandis que 19 avaient pris la clé des champs.
Toujours au cours cette manif, un marabout du nom d’Ameth Kounta sera enlevé puis cruellement assassiné. Toute la Casamance sera meurtrie alors par ce crime. Les rebelles seront une nouvelle fois accusés, comme c’est souvent le cas. L’assassinat d’Ameth Kounta sera un coup dur. On a même parlé de crime rituel, de sacrifice humain. Avant d’accuser un certain Sérifou Bassène, qui sera arrêté et jugé en 1985. Mais le nom de Mamadou Nkrumah Abou Sané sera aussi cité dans cette affaire. Dans une de ses déclarations, Nkrumah sané, également cité et arrêté, aurait dit que Kounta avait été exécuté sur les ordres d’Abdoulaye Sy. Les commanditaires de ce meurtre soupçonnaient Ameth Kounta d’avoir stocké des armes pour lutter contre les rebelles du Mfcd.

Procès de Dakar

Ainsi, le procès contre des éléments du Mfdc sera ouvert à Dakar contre les manifestants de 1983, à la Cour de Sûreté de l’Etat. Le président de la Cour était à l’époque Aly Ciré Ba, assisté de deux assesseurs militaires et des colonels Mamadou Diop de la LGI et de Mbodj de l’Armée. A la barre 105 prévenus. Le Verdict de ce deuxième procès sera annoncé le 04 janvier 1986. Trente deux (32) condamnations et 73 relaxes. Sirifou Bassène accusé de la mort d’Ameth Kounta, est condamné à perpétuité. Six (06) détenus seront condamnés à 20 ans et 14 autres à 10 ans, en plus de quelques peines de 2 à 5 ans. Trois mois après ce procès, un capitaine de l’armée sénégalaise, le Capitaine Sow, est tué dans une embuscade. Il s’agirait du premier militaire sénégalais tué en dehors des gendarmes et policiers. Le gouvernement Sénégalais venait de réaliser que le problème jusqu’alors réglé par la police et la gendarmerie, n’était plus un simple problème d’ordre public. C’est ainsi que l’Armée a pris le commandement de la pacification. Le 25 octobre 1986, de violents accrochages entre militaires et rebelles dans le département de Bignona provoquent plusieurs arrestations de présumes séparatistes a Bignona. Les incidents se multiplient jusqu’à la mesure d’amnistie prise par le Gouvernement. L’abbé Diamacoune sera ainsi libéré ainsi que Mamadou Nkrumah Abou Sané. Mais la trêve escomptée n’eut pas lieu, et les heurts et escarmouches périodiques deviennent de plus en plus courants en Basse Casamance. Le Gouvernement avait à un moment donné, envisagé de décréter l’Etat de siège en Casamance en mars 1988. Le 18 décembre de la même année cependant, des informations font état de la mort de dix soldats sénégalais lors d’une embuscade, du côté de Bignona. L’Agence France presse parlera d’une patrouille déployée en prévention de troubles éventuels. Le19 décembre 1989, une offensive du Bataillon de commando venu de Thiaroye affronte des éléments d’Atika, sur la rive sud, et fait une trentaine de morts chez les rebelles, contre sept militaires et des blessés dont un oncle de l’épouse de Nkrumah Sané.

DIAMACOUNE SORT DU CAMP PENAL

Cette libération de Diamacoune a été une réussite politique pour le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, leader de l’Opposition à l’époque. Avant son entrée dans le Gouvernement d’Abdou Diouf, Abdoulaye Wade avait exigé d’abord la révision du Code électoral et la gestion exclusive du dossier de la Casamance. Ce qu’Abdou Diouf avait accepté. A cette époque, les députés Laye Diop Diatta, Marcel Basséne, Omar Lamine Badji et Moussa Diédhiou étaient les mandataires du régime socialiste dans le maquis. C’est donc suite à l’intervention de Me Abdoulaye Wade que l’Abbée Diamaocune a été élargi vers 2 heures du matin par le régime socialiste. Comme l’a rappelé, le journaliste Serigne Mour Diop témoin de cette libération, Diamacoune et Nkrumah Sané séjournaient au Camp Pénal. Leur libération a été le début de l’installation d’un climat de confiance entre le Gouvernement du Sénégal et le Mfdc. A bord d’un bus mis à leur disposition, l’abbé et les autres détenus avaient pris le chemin de Ziguinchor. Ils avaient été t accueillis devant la prison par des femmes du Bois Sacré venues du Sud. Une scène qui rappelle le retour d’Assane Seck, ancien Secrétaire Général de PRA/Sénégal, alors arrêté par le président Senghor à la suite d’une accusation. Jamais le président Abdou Diouf n’a voulu accepter de libérer Mamadou Nkrumah Abou Sané qui, à ses yeux, était un détenu de droit commun. Mais face à la détermination et à l’engagement du Ministre d’Etat, Me Abdoulaye Wade, il se retractera pour dégeler la situation.

DAKAR, BISSAU PUIS PARIS

Après sa libération, Nkrumah Sané quitte le Camp Pénal pour se rendre dans un hôtel à Dakar. A partir de là, il se rend en Guinée Bissau, puis à Paris pour la signature du premier accord de cessez-le-feu du 1er avril 1991. Selon des témoignages concordants, Nkrumah Sané a fait partie de la première promotion de l’école franco-arabe de Dakar de Bayeniasse. Des sources révèlent qu’avant sa mort, Imam Hassan Cissé aurait parlé avec le président Wade, pour une rencontre avec Mamadou Nkrumah Abou Sané. Le marabout et le président étaient très en avance sur le dossier. En Europe, le Mfdc compte un réseau de représentants dans presque toutes les grandes capitales. Presque tous les responsables du Mdfc qui vivent là bas, se présentent comme des personnes menacées et recherchées par les autorités sénégalaises.

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